Congrès extraordinaire du Nouveau Centre
du 25 février 2012
UN COMBAT INDISPENSABLE
POUR L’AVENIR
MOTION
déposée par
Hervé MORIN,
Président du Nouveau Centre
N
ous avons voulu très majoritairement que notre formation politique soit représentée lors de l’élection présidentielle.
Cette volonté a été l’aboutissement d’une démarche partagée, que nous savions difficile mais nécessaire pour l’avenir de notre formation politique, le Nouveau Centre, et de notre famille de pensée.
Cette aspiration commune d’avoir un candidat à l’élection présidentielle pour porter le projet élaboré pendant plusieurs mois au sein de nos fédérations s’est exprimée dans les décisions des instances de notre parti - conseil national de Vincennes du 22 janvier 2011 et conseil national de Versailles du 7 mai 2011.
Notre démarche s’est aussi inscrite dans notre volonté permanente de rassembler l'ensemble de la famille du centre et du centre droit dispersée depuis 2007.
Alors que le président du parti radical Jean-Louis Borloo décidait de ne pas se présenter à l’élection présidentielle, seule ma candidature permettait de porter cette ambition renouvelée régulièrement au sein de nos instances et devant nos militants.
Placé devant mes responsabilités de Président de notre mouvement, j'ai pris la décision de me présenter à l'élection présidentielle, le 27 novembre 2011, entouré et soutenu par la majorité des parlementaires de notre parti ainsi que par l’immense majorité des présidents et délégués départementaux de notre formation. J’ai pu également constater, au cours de mes nombreux déplacements, combien les militants souhaitaient une candidature du Nouveau Centre à l’élection présidentielle.
Je savais, et nous savions, que notre démarche était difficile. Chacun de nous en avait bien conscience.
Nous savions que la logique de bipolarisation engendrée par le mode de scrutin de l’élection présidentielle, amplifiée par un système médiatique inéquitable représentant un véritable Yalta électoral, constituerait un obstacle majeur pour une formation n’ayant que quatre ans d’existence et souffrant encore d’un déficit d’identification dans l’opinion.
Nous savions aussi que la crise économique et sociale sans précédent n’ouvrait que peu d’espace pour l’expression d’un discours de vérité, d’humanisme et de modération ; nous savions que l’expression d’un message qui ne cède pas aux sirènes de la démagogie et du populisme serait moins mobilisateur et moins audible. Cela est d’autant plus vrai que les Français, inquiets, se tournent logiquement vers des candidatures habituelles, issues des grandes formations politiques.
Nous savions qu’il serait difficile d’expliquer aux Français ce qui nous différenciait de nos alliés faute sans doute d’actes politiques fondateurs et identifiants, posés en amont de la campagne présidentielle.
Nous savions enfin que de nombreux obstacles se dresseraient sur notre route, et en particulier des obstacles internes qui nous empêcheraient de bénéficier de la force de l'unité et, surtout, de jouer collectif. Les attaques internes permanentes nous ont fragilisés dans l'opinion publique. Mais, au final, quelles que soient les difficultés qui se présentaient devant ma candidature, j'ai estimé qu'il était de mon devoir de Président du Nouveau Centre de mener ce combat.
Tous, nous avions envie que l’élection présidentielle ne soit pas confisquée par quelques- uns, que le débat démocratique puisse avoir réellement lieu, que des visages nouveaux et des idées nouvelles puissent incarner ce nouveau siècle.
Et surtout, nous avions envie de porter nous-même nos valeurs, nos idées, notre projet.
Pendant trois mois, j'ai fait campagne en y apportant toute ma détermination et mon énergie aidé en cela par l'engagement de très nombreux militants et sympathisants que je tiens aujourd'hui à remercier du fond du coeur.
Notre combat a été utile
. Il a permis d’affirmer l’existence du Nouveau Centre, d’en porter le projet et de prendre date pour les échéances et les débats à venir. Les sondages électoraux sont une réalité incontestable mais ils ne traduisent pas les échanges toujours fructueux avec les milliers de personnes rencontrées et les millions d’auditeurs ou de téléspectateurs qui, grâce à cette campagne, ont pu mieux connaître notre parti, ses valeurs, ses élus et son président. Imaginons seulement un seul instant ce que nous représenterions chez les Français si nous n’avions pas eu le courage de nous engager dans ce combat. Nous n’existerions plus.
Ces trois mois de campagne ont constitué un formidable investissement pour le futur de notre formation. Plusieurs de nos idées ont fini par s’imposer dans le débat – la règle d’or, la TVA emploi, l’accroissement du temps de travail –même si leur paternité nous en aura rarement été reconnue. Au total, nous avons gagné en notoriété et en reconnaissance, et nous savons que ce capital se traduira demain en succès électoraux. Cette campagne nous a aussi permis de valider une stratégie politique. Plus que jamais nous sommes convaincus que le seul chemin qui peut conduire notre famille politique du centre et du centre droit aux responsabilités majeures de la France passe par sa présence dans la compétition présidentielle tout en affirmant clairement sa stratégie d'alliance dès avant le premier tour.
A la triple tentative, à ce jour infructueuse, de François Bayrou de construire une offre politique
fondée sur la négation du clivage entre la gauche et la droite, nous préférons la stratégie victorieuse et transparente de Valéry Giscard d'Estaing en 1974, à la suite d'une primaire de fait opposant le candidat de la droite et celui du centre droit. Aujourd’hui, la bipolarisation des intentions de vote utile autour des candidats issus des deux plus grands partis et l’attrait de beaucoup de Français pour le discours des candidats populistes et antisystème ne permettent pas à ma candidature de disposer d’un espace politique suffisant pour promouvoir nos idées et obtenir les 500 promesses de signatures nécessaires. Moins de 300 parrainages me sont parvenus à une quinzaine de jours de la date limite de dépôt des signatures.
J'en prends acte et je le regrette mais il est de mon devoir de regarder aussi la réalité en face. Je n’ai pas réussi à créer autour de ma candidature la dynamique indispensable dans une élection présidentielle.
C’est à partir de ce constat que j'ai pris la décision personnelle, en mon âme et conscience, de retirer ma candidature.
J'ai rendu publique cette décision il y a quelques jours. Sans renoncer à promouvoir notre projet, le temps est donc maintenant venu de choisir le candidat qui portera le mieux nos convictions et nos idées dans cette campagne. Mon choix est clair. Notre parti est au centre et nos alliances sont avec la droite républicaine, historiquement et philosophiquement. Ma conviction, c’est que la France est capable de relever les défis du monde nouveau si elle accepte des idées nouvelles qui font appel au courage des Français. C’est pourquoi je n’adhère ni à l’ambigüité de François Bayrou, ni à l’archaïsme de François Hollande.
Dans ces conditions, j’apporte mon soutien à Nicolas Sarkzoy.
J’avais d’ailleurs indiqué que j’aurais appelé à voter pour lui au second tour. C’est donc un choix de cohérence.
Pour autant, ce soutien n’est pas un blanc-seing.
J’attends de Nicolas Sarkozy qu’il entende le message des Français attachés à la justice, au dialogue social et à l’ouverture au monde et qu’il s’oppose aux stigmatisations qui blessent inutilement.
J’attends de Nicolas Sarkozy qu’il tienne compte dans sa campagne des valeurs que nous portons
pour que l’électorat modéré et ouvert que nous représentons puisse se reconnaître. Notre humanisme, nous le porterons comme je défendrai encore que la diversité de la société française est une chance et il nous appartiendra de dénoncer tous les discours qui attisent les tensions, les haines et les peurs dans la société française.
J’attends de Nicolas Sarkozy qu’il tire les conséquences des erreurs de son quinquennat.
Depuis 2007 le Nouveau Centre a défendu, bien avant la crise, le plafonnement des niches fiscales pour réduire les dépenses et redresser les comptes publics, l’inscription de la règle d'or dans la Constitution, la suppression du bouclier fiscal ou encore la création de la TVA emploi pour améliorer la compétitivité de nos entreprises. Nous n’avons pas été suffisamment entendus.
J’attends enfin une nouvelle pratique du pouvoir
car la concentration naturelle des pouvoirs sous la Vème République, cumulée à la domination sans partage d'un seul parti, n'est pas le meilleur moyen d'aboutir à la réforme la plus juste. Ouvrir le gouvernement à quelques personnalités ne suffit pas. Il faut une majorité équilibrée sur ses deux pieds. Il faut des formations politiques réellement indépendantes, qui construisent une majorité.
C’est pourquoi je souhaite l’instauration d’une part de proportionnelle aux élections législatives.
Au sein de la coalition que j’appelle de mes voeux, nous serons les gardiens toujours vigilants de nos valeurs de justice sociale, de diversité, d’ouverture aux idées nouvelles mais également d’un exercice du pouvoir plus équilibré et plus sobre tant dans le comportement que dans la dépense. Le train de vie de l’Etat doit être réduit comme symbole d’un effort partagé.
Je demande à Nicolas Sarkozy de prendre en compte, dans l’élaboration d’un contrat majoritaire, les orientations politiques du projet centriste que nous avons construit ensemble au cours des derniers mois.
Le retour à l’équilibre budgétaire, la marche vers une Europe fédérale, la lutte contre les inégalités, une meilleure prise en compte des classes moyennes et le soutien aux entrepreneurs constituent le socle de nos propositions. Nous défendons la stabilité juridique et fiscale car les Français n’en peuvent plus de cette insécurité permanente qui leur complique la vie et qui les empêche de pouvoir porter un projet ou d’investir avec un minimum de sécurité. Il faut s’engager à ce qu’une règle modifiée durant le quinquennat ne le soit plus jusqu’à la fin de la législature.
Nous voulons plus que jamais réunir la famille centriste autour de nos valeurs
, être un parti de propositions innovantes au service des Français. Nous voulons pouvoir nous appuyer, pour les cinq années à venir, sur l’existence de groupes parlementaires indépendants, capables de peser réellement dans la majorité.
C’est la reconstruction de notre famille politique que nous avons engagée ensemble en 2007 qui se poursuit aujourd’hui pour être plus forts lors des grands combats politiques futurs et pour qu’à l’avenir, la majorité politique du pays rejoigne enfin sa majorité sociologique.
Et nous serons d’autant plus forts que nous saurons préserver l’unité de notre parti dans le respect de la diversité des expressions de chacun.
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